Poze

Video – https://vimeo.com/62655165

Fragment din intervenţia lui Nicolae Constantinescu la masa rotundă „Simenon et ses traducteurs”, Salonul de Carte Paris 2013:

LES DÉFIS DU TRADCTEUR DE SIMENON

Celui qui traduit les romans de Simenon, je pense surtout à la „série Maigret”, doit affronter plusieurs défis.

On dit que les livres de Georges Simenon ne sont pas difficiles à traduire. Mais il ne faut pas se tromper, car le choix des mots roumains pour restituer généralement les nuances et en particulier celles d’un temps passé est souvent délicat.

Premièrement, le titre. Il n’a rien d’un titre de roman policier. Il est une sorte d’énoncé fort simpliste qui n’a pas la vocation d’allécher les fans des romans policiers ordinaires. Mai il faut résister à la tentation de le changer par un autre plus attrayant, le respecter et habituer le lecteur à ce genre de simplicité déroutante.

Et puis, si on veut raconter le sujet, faire une résumé, on peut se trouver dans un certain embarras. Il n’est pas facile de convaincre qu’il s’agit d’un vrai roman policier. Et c’est bien vrai, car il est aussi „autre chose” et le traducteur doit découvrir et restituer cette „autre chose” dans sa version.

Le traducteur doit aussi être très exact s’il veut reproduire la fameuse atmosphère Simenon: les saisons, les sons, les odeurs, la lumière et l’ombre, le sommeil avec ses rêves, tout y concoure pour tracer des tableaux vivants en quelques touches bien choisies. Et, évidement, il ne faut pas oublier la célèbre pipe qui accompagne partout le commissaire, impatient de s’imprégner de l’ambiance des lieux où le crime a été commis.

Puis, vient un moment très incitant et le traducteur ne doit pas se méprendre sur les intentions de l’auteur et surtout souligner le doute. Simenon passe en revue les preuves, les données, les tuyaux dans une perspective d’incertitude. Et ici, nous pouvons envisager deux arrière-pensées de l’auteur: un défi pour le lecteur, qui aurait toutes les données pour dénicher le coupable (on peut essayer, si l’on veut!); une opportunité pour pousser le lecteur sur une fausse piste. Car Simenon ne se prive pas de dépister le lecteur.

A la fin, le dénouement n’a plus d’importance, on ne le pense pas comme quelque chose d’explosif, comme une grande surprise, un aboutissement inattendu. La punition ne compte que accessoirement — il lui arrive même, au commissaire, de fermer les yeux sur les fautifs.

On reste avec un trouble, rythmé parfois par la pluie (il pleut beaucoup!), avec la vie des personnages. Le comble de l’émotion ne vient pas se fixer à la fin du roman, car elle nous poussent en arrière vers l’essence de la manière de vivre des protagonistes et les rôles secondaires sont quelquefois fabuleux.

D’ailleurs, le traducteur doit être très prudent quand il s’agit d’un personnage secondaire, qui est toujours important et a sa raison d’être pour le déroulement de l’action. Comment aborder les personnages secondaires? Il est nécessaire de bien comprendre les intentions de l’auteur qui les décrit en quelques mots. En réalité, il ne les décrit pas, il les surprends dans leur milieu, dans leur environnement pour créer quelquefois une certaine inquiétude.

Le cas tout a fait différent est celui de madame Maigret. Elle est toujours prévenante, attentionnée pour son mari, mais il est facile de l’imaginer clignant de l’oeil et murmurant: „O! Vous savez, les hommes, il ne faut pas les prendre jamais au sérieux!”

Quelqu’un m’a demandé un jour: „Quel plaisir trouvez-vous à traduire Simenon ?”

Et bien, je peux dire que ce n’est plus un plaisir, mais une drogue.
L’atmosphère, imaginée apparemment sans efforts, est miraculeusement envoûtante ; les personnages sont d’une diversité qui peut bien déclencher une réjouissance presque vicieuse. C’est toujours différemment et étrangement passionnant de se laisser guider, maintes fois sournoisement, dans une nouvel affaire par le „raccommodeur de destinées”.

Finalement, il m’a questionné sur l’adage italien traduttore traditore. Et je lui ai répondu que c’est assez juste et, en ce sens, je pourrais être vu comme l’un de grands traîtres par le nombre de mes attentats. En tout cas, je fait des efforts pour rester un amoureux fidèle qui ne trahit jamais l’idée et ne pas abîmer le style. Et j’ai toujours en esprit ce que disait Georges Simenon dans un interview: „Je cherche un style, non seulement neutre, mais un style qui colle à la pensée de mon personnage à ce moment-là. Le style doit suivre tout le temps, changer à mesure que pense mon héros.[...]”

Enfin, tout le temps je pense : „Si on traduisait de cette manière… — Mais non, car…” je me dis toute suite. Mais tout ça, chers fans de Simenon, sont, si j’ose dire, les si-mais-non du traducteur.